|
Une fois par an au
printemps, j'organise une balade de fin d'hiver destinée à sortir mes
amis Rtistes de la naphtaline et par la même occasion à dégourdir les
bielles de leurs motos, enfouies dans leurs garages, entre la tondeuse à
gazon, le barbecue, les pots de peinture, le buste en plâtre de la
belle-mère et les poubelles. Je les avais appâtés avec un projet de
balade tourangelle en promettant un rythme de sénateur, la visite des
beaux châteaux et des pauses prostate régulières, bref une balade digne
d'un club de retraités. Du coup, ils avaient adhéré et bien encadrés par
deux GS et une guzzi, nos papymobiles avaient pris la route par une
belle matinée ensoleillée du mois d'avril.
A cette époque la région de Blois et de Tours est déjà assez fréquentée
et les grands sites comme Amboise, Chenonceaux, Villandry attirent de
nombreux visiteurs et par conséquent du monde sur les routes. Mais si on
se penche un tant soit peu sur les cartes, il n'est pas très compliqué
de tracer un itinéraire "buissonnier" entre les différents sites. On
parle toujours des châteaux mais on oublie qu'il y a bien d'autres
monuments qui méritent d'être connus, comme cette grange fortifiée de
Meslay entre Château-Renault et Tours. La ferme date du 13ème siècle
mais c'est grâce à Sviatoslav Richter, un pianiste ukrainien, qu'elle
doit sa réputation actuelle. En 1963 ce dernier cherchait sur les bords
de Loire un monument susceptible d'accueillir un festival de musique.
L'architecture et le volume de la grange l'avaient séduit et depuis,
chaque été, elle est le lieu d'un festival réputé. A l'entrée du site,
on peut voir une très belle effigie du pianiste.
Après Tours, qu'on contourne par la D76, on longe la Loire par la route
des berges. Le premier château qui s'offre au regard est celui de
Luynes. Perché au sommet d'un coteau, il a des allures de forteresse
médiévale. Un peu plus loin, celui de Langeais, moins austère fut un
haut lieu du pouvoir royal. Construit à la demande de Louis XI, c'est
dans ce château que fut célébré le mariage de Charles VIII et de la
Duchesse de Bretagne qui devait permettre le rattachement de la Bretagne
au royaume de France. Après la période agitée des guerres de cent ans,
la vallée de la Loire était devenue la région favorite des Rois de
France. La plupart des châteaux ont été construits ou remaniés à la
Renaissance mais conservent souvent les caractéristiques architecturales
du moyen âge, époque à laquelle ils avaient une fonction défensive,
surtout dans cette région "frontière" entre le Royaume de France et les
Plantagenêts, implantés dans le sud-ouest.
En quittant Langeais, on continue à suivre la Loire jusqu'à Port-Boulet.
J'aime rouler au plus prêt des fleuves et des rivières. Ici les paysages
sont particuliers : le fleuve dessine son lit entre les bancs de sable,
les îles et les verdiaux (bandes végétales formées de saules) et compose
un tableau paisible entre ciel et eau.
Nous franchissons la Loire pour prendre la petite départementale des
bords de l'Indre, qui croise d'abord le château d'Ussé puis celui
d'Azay-le-Rideau. Rigny-Ussé présente des aspects médiévaux très
marqués. On peut y voir des tourelles, un chemin de ronde mais la
renaissance a laissé son empreinte sur les façades qui s'ornent de
belles fenêtres à meneaux. Azay-le-Rideau, que nous ne ferons
qu'apercevoir est très différent : construit sous François premier c'est
un chef-d'oeuvre de la "Première Renaissance française". Edifié sur une
île au milieu de l'Indre, Balzac le décrivait comme un "diamant à
facettes".
La première partie de la balade se termine à Loches, dans un hôtel
moderne (Luccotel) qui domine la ville et offre au soleil couchant une
vue magnifique sur le château et le quartier historique.
Le lendemain matin
direction Montrésor par des départementales sympathiques et "tournicotantes".
La température n'est pas très élevée mais il fait beau et le soleil
levant fait monter une brume légère qui magnifie les paysages. Comme
dira Laurent le guzziste : quel plaisir de rouler dans ces conditions !
Nous passons devant la Chartreuse du Liget, qui s’étend dans un cadre
sauvage. C'est un vaste et magnifique monastère fondé par les anglais au
moyen âge. Après un arrêt photo au pied du château de Montpoupon nous
remontons en direction de Chenonceaux, un des plus surprenants châteaux
de la Loire, qui emjambe avec élégance la rivière du Cher et qui, après
le château de Versailles, est le plus visité de France ! Il faut dire
qu'en plus de son élégance, de son architecture et de ses jardins à la
française, il possède des collections de tapisseries exceptionnelles et
de nombreux tableaux de Maîtres parmi lesquels on compte Rubens, Le
Tintoret, Van Loo et bien d'autres encore.
Chenonceaux ça sera également pour notre petite troupe, la ville où un
de nos papymobiles nous fera le coup de la panne d'essence. Prétextant
une autonomie de chameau, il avait refusé la veille de faire le plein
avec tout le monde ! Voilà ce qui arrive quand on ne sait pas déchiffrer
un ordinateur de bord. Heureusement pour lui que les Gsistes étaient là
pour lui porter secours ! A ce propos, je pense qu'avec mes papys, je
vais être obligé d’investir dans une petite pompe-syphon manuelle, sorte
de poire avec d'un côté un tuyau plongeur et de l'autre un tuyau
distributeur. A 10 euros le bout, ça ne vaut vraiment pas le coup de
s'en priver.
Parmi les monuments moins connus du Val de Loire mais qui méritent
d'être visités, juste avant Amboise, il y a la pagode de Chanteloup. Le
droit d'entrée est un peu élevé mais quand on a fait 300 kms pour faire
la visite, on (Patricia et moi) ne se pose pas la question. Une pagode à cet endroit c'est
plutôt insolite. En fait, au 18ème siècle (époque de sa construction) la
mode était aux "chinoiseries". Haute de 44 mètres, elle comporte sept
niveaux de sept coupoles. Un escalier intérieur en colimaçon permet
d'atteindre un petit balcon circulaire qui offre un des plus beaux
panoramas de la Touraine et permet d'apercevoir le château d'Amboise,
probablement un des plus beaux et des plus "italiens" des châteaux de la
Loire, qui accueillit de nombreux lettrés et artistes européens et qui
abrite le tombeau de Léonard de Vinci. Après Amboise, on retrouve les
bords de Loire jusqu'à Chaumont avec son château
dont le parc bénéficie du label
"Jardin remarquable", destiné à promouvoir les parcs et les jardins
particulièrement créatifs et soignés.
La balade se termine enfin par la vallée de la Cisse et le retour à
notre point de départ, Château-Renault.
|