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A
tout seigneur, tout honneur !
Tout le monde connaît Saint-Malo
:
Ville de Surcouf, Duguay-Trouin, Jacques Cartier, Chateaubriand… Elle a
conservé un côté pittoresque avec ses remparts, ses grandes maisons
d’armateurs, ses portes monumentales. L’endroit que je préfère :
derrière les remparts, la plage qui se trouve en face du Fort National.
Par beau temps, la mer a une couleur émeraude qui a d’ailleurs donné son
nom touristique à la côte. On arrive à trouver des places de parking au
pied des remparts mais compte tenu du programme de la journée, et d'un
hébergement en maison d'hôte qu'on nous avait offert, nous avions décidé
de repousser notre visite au lendemain, d'autant que dans une vie
antérieure... sans moto, nous avions déjà assez bien exploré la ville
close. Donc, gaz vers la pointe du Grouin par la D201... avant qu'elle
ne s'efface sous les assauts de la mer en raison du réchauffement
climatique. Les plus pessimistes prédisent sa disparition vers 2035,
d'autant qu'elle a déjà été fermée en 2026 en raison des dépôts de sable
liés aux vents forts et aux marées. Consolation : à la pointe du Grouin,
au nord de Cancale, on peut admirer un panorama exceptionnel, qui lui,
devrait tenir le coup beaucoup plus longtemps ! Il faut laisser la moto
au parc de stationnement, puis rallier la pointe "pédibus cum jambis".
La récompense est grandiose : l'éperon rocheux qui domine la mer offre
un panorama exceptionnel : à l'est, le mont-Saint-Michel et à l'ouest
une enfilade de pointes rocheuses entre lesquelles on aperçoit des
plages de sable.
Avant d'atteindre Cancale,
il faut faire le détour par Port-Mer. Je ne sais même pas si on voit ce
hameau sur la carte ; c’est un petit havre tranquille, qui n’a pas le
côté touristique de Cancale. Il y a deux ou trois restaus face à la mer
et une belle plage bien exposée où je me suis baignés moultes fois, y
compris en plein hiver. ;-) Il n'est pas rare d'y observer des dauphins et le moins qu’on puisse dire,
c’est qu’ils ne sont pas farouches, n’hésitant pas à s’approcher de la côte en
slalomant entre les bateaux de plaisance. Cancale, on ne présente plus : selon
la légende, la ville est née d'un coquillage et les romains qui
tentaient de soumettre les villages bretons, y mangeaient déjà des
huîtres bien avant que les rois de France se fassent ravitailler en
bourriches. Je m'arrange toujours pour me trouver à Cancale en milieu de
matinée quand les femmes des ostréiculteurs vendent des plateaux
d'huîtres accompagnées d'un verre de blanc. Faut savoir que les huîtres
cancalaises sont inscrites au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco
! L'étape suivante nous amène au Mont-Dol, une éminence granitique
qui domine la baie et sur laquelle la légende veut que Saint-Michel
affronta Satan pour le "terrasser" ensuite sur le Mont-Saint-Michel.
Mais bien avant les anges, vivaient à cet endroit des quantités
d'animaux préhistoriques : mammouths, éléphants, rennes...
Un moulin à blé a également été restauré et il se visite.
Histoire de rester dans le thème de la préhistoire, à deux kilomètres au
sud de la ville, se dresse un Menhir : le menhir du Champ-Dolent, un
beau spécimen de 9.42 mètres de haut pour un tour de taille de 8.70
mètres et un poids estimé à 100 tonnes ! Une légende raconte que ce bloc
de granit serait tombé du ciel pour séparer deux frères qui se livraient
un combat mortel. Une autre prétend qu'il serait l'oeuvre de Satan !
Ulcéré par la construction de la cathédrale il aurait lancé un rocher
qui aurait détruit une tour pour aller se ficher dans
un champ. 17 kilomètres plus bas, la D795 nous transporte à Combourg
au pied du château jadis occupé par la famille Châteaubriand. C'est
une forteresse médiévale austère, sévère, qu'on disait même... hantée.
Le jeune écrivain occupait une chambre au dernier étage de la tour du
chat, ainsi nommée en raison de la coutume qui voulait qu'on y enterre
un chat pour éloigner le démon ! Le père de Chateaubriand considérait
que c'était une manière d'endurcir son fils. C'était un personnage
hautain et sombre, qui après avoir été capitaine d'un navire négrier,
organisa la traite des noirs en tant qu'armateur, ce qui lui permis
d'ailleurs d'acheter Combourg. En tout cas, ce qui est sûr c'est que
cette enfance dans ce château marquera profondément l'écrivain. Un
peu plus bas, au sud-ouest de Combourg, Bécherel, une petite cité
qui n'a rien à voir avec le célèbre livre de grammaire le "Bescherelle"
est un joli village de caractère qui doit sa renommée par le nombre
important de librairies, de galeries d'art, d'ateliers d'artisans. Il
possède pas moins de 16 librairies et 13 galeries d'art ! Le week-end de
Pâques est consacré à une fête du livre et en août, la ville organise
une nuit du livre. En quittant Bécherel, on prend la direction
Plouasme et Caulnes par la D25 qui longe la Rance. Léhon et Dinan
mériteraient qu'on y consacre une journée. Sur la route, c'est d'abord
Léhon qui se présente. C'est un charmant petit village qui a obtenu le
label "Petite cité de caractère". On stationne à l'entrée du village et
la visite se fait à pied : la rue principale bordée de vieilles maisons
bretonnes passe devant une abbaye du 9ème siècle dont les ruines ont été
intelligement préservées et utilisées pour des expositions. La rue
descend jusqu'au petit pont qui enjambe la Rance. Depuis la rive droite
on peut rejoindre le port de Dinan à pied ou à vélo. J'aime
particulièrement ce petit bourg : c'est celui de ma grand-mère qui
possédait une des maisons en bord de Rance et de ses parents qui
demeuraient en face de l'abbaye. Dinan, labellisée ville d'art et
d'histoire possède un patrimoine médiéval exceptionnel : pas moins de 75
monuments historiques. Inutile de dire qu'on n'en fait pas le tour en
une journée. Disons que pour une première visite, le château peut être
une bonne option ainsi que l'église Saint-Sauveur qui abrite le coeur de Du Guesclin !
En fait, à sa mort, son corps avait été séparé en quatre : -
Ses os reposaient dans la basilique Saint-Denis jusqu'à ce que la
révolution française profane son tombeau et jette ses os dans une
fumière !
- Son coeur est à Dinan dans l'église Saint-Sauveur - Ses entrailles à
l'église Saint-Laurent du Puy-en-Velay - Ses chairs à Montferrand
(Clermont-Ferrand) dans un tombeau lui aussi détruit à la Révolution française.
On a du mal à comprendre pourquoi la convention Nationale avait
pris cette décision. Du Gesclin était incontestablement une figure
majeure de la guerre de cent ans contre l'angleterre, qui en 1789 était
encore notre ennemi. J'ai du mal à croire que Robespierre ignorait le
rôle de Du Gesclin.
Pour lui, "faire table rase du passé" était un moyen politique
indispensable pour éliminer les ennemis de la révolution. Massacrer pour
asseoir la république avait été une erreur. Elle n'avait duré que 12 ans
et si on exclut le consulat qui n'avait pas grand chose à voir avec une
république, seulement 7 ans et il faudra attendre 1848 pour que soit
proclamée la seconde république. Pour terminer et rallier Saint-Malo,
on longe au plus près possible l'estuaire de la Rance jalonné de petits
ports comme Mordreuc et de villages classés.
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